Présenté comme l’un des projets phares du ministère de l’Économie numérique pour stimuler l’innovation et rapprocher les startups des grandes entreprises, KIMBA Connect suscite aujourd’hui un débat qui dépasse le simple cadre de son lancement.
Si la vision portée par le ministre Mark-Alexandre Doumba est largement soutenue par les acteurs du numérique, les premières étapes de sa mise en œuvre alimentent de nombreuses interrogations sur le pilotage opérationnel du dispositif.
Au cœur des préoccupations exprimées par une cinquantaine de startups et d’entreprises technologiques gabonaises ne figure pas le principe même de KIMBA Connect. Tous reconnaissent la pertinence d’une plateforme capable de mettre en relation les besoins de digitalisation du secteur privé avec les compétences des startups nationales.
Une telle initiative répond à une attente ancienne de l’écosystème, qui réclame davantage d’accès aux marchés privés afin de consolider son développement.
En revanche, c’est la méthode employée qui fait aujourd’hui l’objet des critiques. Plusieurs participants dénoncent un calendrier jugé trop serré, avec des réunions d’information organisées seulement quelques jours avant les échéances, des convocations communiquées à la dernière minute et des cahiers des charges parfois incomplets.
Dans un secteur où la préparation technique conditionne la qualité des propositions, ces insuffisances auraient considérablement limité la capacité des entreprises à présenter des offres pleinement adaptées aux besoins exprimés.
Les journées de présentation organisées à la fin du mois de juillet ont renforcé ce sentiment d’improvisation. Selon plusieurs témoignages, les durées de passage variaient sensiblement d’un candidat à l’autre, sans critères clairement établis. Certains participants estiment également que tous les membres des jurys ne disposaient pas d’une connaissance approfondie des dossiers techniques soumis en amont. Dans ces conditions, plusieurs startups considèrent que l’exercice s’est davantage apparenté à un concours de présentation rapide qu’à une véritable procédure de mise en relation commerciale entre entreprises.
Pour autant, l’écosystème ne ferme pas la porte au dialogue. Au contraire, les organisations professionnelles insistent sur leur volonté d’accompagner le ministère afin d’améliorer les prochaines éditions. Les propositions avancées sont concrètes : cahiers des charges plus détaillés, délais de préparation plus réalistes, harmonisation des formats d’audition, meilleure préparation des jurys et implication accrue des représentants du secteur numérique dans la gouvernance du programme.
Cette séquence met en lumière un enjeu désormais central pour la politique numérique gabonaise : la réussite d’une réforme dépend autant de la qualité de sa vision que de la rigueur de son exécution. Dans un environnement entrepreneurial encore en construction, la confiance des startups constitue un capital précieux qu’il convient de préserver.
À l’approche de la finale de ce premier cycle, KIMBA Connect apparaît ainsi à la croisée des chemins. L’initiative conserve un fort potentiel pour accélérer la transformation numérique du tissu économique gabonais.
Mais pour convaincre durablement, le programme devra démontrer sa capacité à instaurer des procédures transparentes, équitables et adaptées aux réalités des entreprises innovantes. C’est à cette condition que cette plateforme pourra devenir le véritable levier de croissance et de compétitivité auquel aspire l’ensemble de l’écosystème numérique national.
Judex MANFOUMBI
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