SEEG : des milliards engloutis, des promesses répétées, mais les Gabonais toujours plongés dans l’obscurité

Il y a parfois des chiffres qui résument à eux seuls l’ampleur d’un échec.

Dans le cas de la Société d’Énergie et d’Eau du Gabon (SEEG), ce chiffre est de 1,8 milliard de francs CFA par mois, hors carburant. C’est le montant que le Gabon s’était engagé à verser à la société turque Karpowership pour la fourniture de 70 mégawatts destinés à soulager le réseau électrique du Grand Libreville. Une dépense considérable consentie par l’État afin d’apporter une réponse d’urgence à une crise énergétique devenue insupportable pour les populations.

Pourtant, malgré cet effort financier exceptionnel, les délestages persistent, les coupures continuent et la colère des usagers ne cesse de grandir.

La question mérite donc d’être posée : comment en est-on arrivé là ?

Car il faut rappeler que l’accord conclu avec Karpowership n’est pas le fruit d’une initiative isolée. Signé le 15 février 2025, du côté de la SEEG par Steeve Saurel Legnongo, alors administrateur provisoire de l’entreprise. Autrement dit, la SEEG a pleinement participé à la mise en place de cette solution d’urgence censée réduire les délestages qui paralysaient Libreville et ses environs.

Dès lors, il devient difficile pour certains responsables de prétendre qu’ils n’étaient pas associés aux choix stratégiques retenus pour sortir le pays de la crise.

Depuis plusieurs années, les Gabonais subissent un service qui peine à remplir sa mission fondamentale. Les coupures d’électricité sont devenues un élément banal du quotidien. Les interruptions de distribution d’eau se multiplient. Les équipements vieillissent. Les pannes se succèdent. Les promesses, elles, continuent de s’accumuler.

Pendant ce temps, les ménages s’adaptent comme ils peuvent.

Les commerçants voient leurs marchandises se détériorer.

Les petites entreprises absorbent des coûts supplémentaires liés aux groupes électrogènes.

Les familles passent des nuits entières sans électricité.

Les élèves révisent parfois à la lumière de lampes de fortune.

Les malades subissent les conséquences d’un service public devenu imprévisible.

Or, ce constat n’émane plus seulement des populations.

Il est désormais partagé au plus haut sommet de l’État.

Par une source digne de foi, notre rédaction a obtenu copie d’une correspondance particulièrement sévère adressée le 12 juin 2026 par le ministre de l’Accès universel à l’Eau et à l’Énergie, Philippe Tonangoye, au président du Conseil d’administration de la SEEG.

Rarement un ministre de tutelle aura dressé un constat aussi accablant de la situation de l’entreprise.

Le document évoque des dysfonctionnements alarmants, des défauts d’anticipation, des problèmes de coordination et une série de manquements professionnels qui interrogent directement la qualité de la gouvernance de la société.

Plus grave encore, le ministre recense plusieurs coupures d’électricité intervenues lors d’activités officielles impliquant les plus hautes autorités de l’État.

Une coupure à la mosquée Hassan II de Libreville lors de la rupture du jeûne en présence du président de la République.

Une autre à Mayumba durant des activités présidentielles.

Une troisième à Gabon Télévision lors d’une émission consacrée au bilan des cent premiers jours du Gouvernement.

Ces incidents ne sont pas seulement embarrassants.

Ils révèlent une incapacité préoccupante à sécuriser l’alimentation électrique de sites pourtant considérés comme stratégiques.

Le ministre dénonce également l’absence répétée de la direction générale lors de visites d’inspection, le contournement de certains circuits administratifs, l’absence de transmission de documents essentiels de gouvernance et ce qu’il qualifie lui-même de défiance à l’égard des instructions des plus hautes autorités.

Dans le langage administratif, ces accusations sont extrêmement lourdes.

Elles traduisent une rupture de confiance profonde entre la tutelle et la direction opérationnelle de l’entreprise.

Or, une crise énergétique peut être résolue par des investissements.

Une crise de gouvernance est beaucoup plus difficile à corriger.

Car elle touche à la culture même de l’organisation.

C’est précisément ce qui semble apparaître aujourd’hui à la SEEG.

Pendant que l’État mobilise des ressources considérables pour renforcer la production électrique, notamment à travers le contrat Karpowership dont le coût mensuel atteint 1,8 milliard de FCFA hors carburant, les résultats attendus tardent à se matérialiser dans le quotidien des populations. A-t-on volontairement trompé le président de la République ? C’est ce que tout le monde croit aujourd’hui.

Et la facture réelle est encore plus élevée puisque le carburant nécessaire au fonctionnement de l’installation reste à la charge de l’État gabonais. Au final, ce sont des milliards de francs CFA supplémentaires qui sont mobilisés pour tenter de compenser les insuffisances structurelles du système électrique national.

Face à cette situation, le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, a fait de la résolution de la crise énergétique et hydraulique une priorité nationale. Depuis plusieurs mois, les initiatives se multiplient afin d’apporter des solutions concrètes à une préoccupation majeure des Gabonais.

Car le constat est aujourd’hui largement partagé : les populations ont trop longtemps supporté les conséquences d’un service défaillant.

Les Gabonais ne réclament ni privilèges ni traitements de faveur.

Ils demandent simplement ce que tout citoyen est en droit d’attendre d’un concessionnaire de service public : de l’eau lorsqu’ils ouvrent leur robinet et de l’électricité lorsqu’ils actionnent un interrupteur.

À la lecture du courrier du ministre Philippe Tonangoye et à l’observation du quotidien des usagers, une conclusion s’impose.

Le problème de la SEEG n’est plus uniquement une question de production électrique ou d’investissements.

Il est devenu un problème de gouvernance, de responsabilité et de résultats.

Et tant que cette réalité ne sera pas affrontée avec lucidité, les milliards injectés dans le secteur risquent de produire davantage de frustration que de lumière.





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Assistant Edu Gabon

Judex MANFOUMBI
Judex MANFOUMBI

Directeur de publication

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