Dans un contexte politique marqué par une transition toujours scrutée et des attentes sociales particulièrement élevées, le discours prononcé par le Président de la République, le Brice Clotaire Oligui Nguema, devant les deux Parlement réuni en congrès continue de susciter de nombreuses réactions.
Parmi elles, celle de Roger Ondo Abessolo, président par intérim de la confédération syndicale Dynamique Unitaire, apporte un éclairage à la fois nuancé, critique et profondément ancré dans les préoccupations sociales et économiques du pays.
Son analyse, livrée à notre rédaction, dépasse la simple réaction syndicale. Elle constitue une lecture politique globale du discours présidentiel, mettant en évidence les avancées reconnues, mais aussi les zones d’ombre et les inquiétudes persistantes quant à la trajectoire actuelle de la gouvernance gabonaise.
Une reconnaissance du cadre constitutionnel respecté
D’emblée, Roger Ondo Abessolo adopte une posture de reconnaissance institutionnelle. Il salue le fait que le chef de l’État se soit conformé aux dispositions constitutionnelles exigeant une adresse devant les deux chambres du Parlement réunies en congrès.
Pour le syndicaliste, cet acte n’est pas anodin. Il témoigne d’un respect des formes républicaines et d’une volonté de maintenir un dialogue institutionnel, même dans un contexte de transition politique. Cette reconnaissance, bien que mesurée, constitue selon lui un point positif à mettre au crédit du pouvoir en place.
Cependant, cette appréciation initiale ne masque pas les réserves profondes qu’il exprime sur le contenu même du discours.
La question du passé : un débat jugé dépassé
L’un des premiers points de critique soulevés concerne le retour du Président sur la situation héritée de l’ancien régime. Roger Ondo Abessolo estime que cette insistance sur la comparaison entre la gouvernance actuelle et celle du passé n’est plus pertinente.
Selon lui, après plusieurs années de transition et de refondation institutionnelle, le pays devrait désormais être tourné exclusivement vers l’avenir. Il considère que ce rappel constant des dysfonctionnements passés pourrait avoir un effet contre-productif, en installant une forme de confort discursif qui détourne l’attention des véritables défis actuels.
Pour illustrer sa pensée, il recourt à une métaphore pédagogique : celle de l’élève en difficulté constamment comparé à un autre plus faible. À force de se référer à un passé jugé moins performant, la société risquerait, selon lui, de ralentir son propre élan de progression.
Ainsi, il invite les autorités à rompre avec cette logique de comparaison historique pour concentrer pleinement l’action publique sur les résultats présents et futurs.
Une économie sous tension mais des orientations assumées
Sur le plan économique, Roger Ondo Abessolo reconnaît que le Président a abordé plusieurs sujets structurants, notamment la dette publique, la diversification économique et la valorisation des ressources naturelles.
Le discours présidentiel met en avant plusieurs projets stratégiques liés aux secteurs minier et pétrolier, notamment le fer, le manganèse, le cuivre et d’autres ressources encore sous-exploitées. Ces orientations sont perçues comme des piliers de la future croissance économique du Gabon.
Le syndicaliste reconnaît également l’ambition affichée de développer des projets structurants de grande envergure, notamment dans les domaines des infrastructures et de la transformation locale des ressources.
Cependant, il nuance fortement cet optimisme en soulignant une dépendance excessive à ces projets. Pour lui, l’économie nationale semble reposer sur un nombre limité de leviers, ce qui pourrait fragiliser les ambitions affichées en cas d’échec ou de retard dans leur mise en œuvre.
Il insiste sur la nécessité de ne pas construire un modèle économique exclusivement dépendant de l’exploitation des ressources naturelles, aussi importantes soient-elles.
Réduction du train de vie de l’État : une mesure jugée insuffisante
Un autre axe central de son analyse concerne la réduction du train de vie de l’État, évoquée dans le discours présidentiel comme un levier d’assainissement des finances publiques.
Roger Ondo Abessolo reconnaît la pertinence de cette orientation, mais en conteste la portée réelle. Il estime que les mesures annoncées, notamment la réduction de certaines primes administratives, restent symboliques et insuffisantes au regard des enjeux budgétaires du pays.
Il prend l’exemple des directeurs généraux et des avantages liés aux indemnités de transport pour illustrer son propos. Selon lui, les économies générées par ces ajustements seraient marginales face aux dépenses globales de l’administration publique.
Il va plus loin en interrogeant la structure même des dépenses de l’État et en appelant à une réforme plus profonde de l’organisation administrative, notamment en matière de mobilité et de gestion des véhicules de fonction.
Pour lui, une véritable politique d’austérité intelligente devrait s’attaquer aux dépenses structurelles plutôt qu’à des ajustements périphériques.
Transparence et souveraineté de l’information : une exigence centrale
L’un des aspects les plus marquants de son analyse concerne la question de la transparence, qu’il décline en plusieurs dimensions : économique, contractuelle et informationnelle.
Roger Ondo Abessolo insiste sur la nécessité de rendre publics les contrats signés avec les partenaires étrangers, notamment dans les secteurs stratégiques comme les infrastructures, l’énergie ou les mines.
Il estime que la population doit avoir accès aux informations essentielles concernant les engagements de l’État : coûts, modalités de financement, délais de remboursement et retombées économiques attendues.
Selon lui, l’opacité actuelle alimente les spéculations et fragilise la confiance entre gouvernants et gouvernés.
Cette exigence de transparence s’étend également à ce qu’il appelle la « souveraineté de l’information ». Il critique le manque de communication claire et accessible sur certains projets structurants, ce qui, selon lui, empêche les citoyens de comprendre réellement les choix économiques du gouvernement.
Endettement et partenariats internationaux : un équilibre fragile
Le discours présidentiel évoque également la question de la dette et la nécessité de recourir à des partenariats publics-privés pour financer les grands projets nationaux.
Roger Ondo Abessolo reconnaît que cette orientation est réaliste dans un contexte de contraintes budgétaires. Toutefois, il met en garde contre les risques liés à une dépendance excessive aux financements extérieurs.
Il évoque notamment les taux d’intérêt élevés de certains emprunts et appelle à une révision des conditions contractuelles afin de garantir un meilleur équilibre entre les intérêts du Gabon et ceux des partenaires financiers.
Selon lui, la crédibilité économique du pays dépendra largement de sa capacité à négocier des accords transparents et équitables.
Crise énergétique : un point de tension majeur
L’un des volets les plus critiques de son analyse concerne la question de l’énergie électrique. Il revient sur les difficultés d’approvisionnement, les délestages et la fragilité du système énergétique national.
Pour le responsable syndical, la situation actuelle constitue une urgence nationale. Il souligne que malgré des investissements importants, les problèmes persistent, ce qui interroge l’efficacité des solutions mises en œuvre.
Il insiste sur la nécessité de privilégier des investissements durables plutôt que des solutions temporaires coûteuses.
La dépendance à des opérateurs étrangers dans la gestion de certains segments énergétiques est également pointée du doigt, soulevant la question de la souveraineté énergétique du pays.
Institutions publiques et gouvernance administrative
Roger Ondo Abessolo aborde également la question du fonctionnement des institutions publiques, notamment les caisses sociales et les organismes de sécurité sociale.
Il critique ce qu’il perçoit comme un chevauchement des rôles et une confusion institutionnelle, notamment entre les missions de certaines structures sociales et celles des ministères de tutelle.
Selon lui, cette situation nuit à l’efficacité de l’action publique et crée des redondances administratives.
Il plaide pour un retour strict à la séparation des rôles et au respect des textes juridiques régissant chaque institution.
État de droit et indépendance de la justice : un chantier inachevé
Un autre point de préoccupation majeur concerne l’état de droit. Le syndicaliste estime que cette dimension fondamentale n’a pas été suffisamment mise en avant dans le discours présidentiel.
Il souligne les interrogations persistantes sur l’indépendance de la justice et la perception d’une influence de l’exécutif sur le pouvoir judiciaire.
Pour lui, aucune réforme économique ou sociale ne peut réussir durablement sans un système judiciaire fort, crédible et indépendant.
Il appelle à une réflexion approfondie sur la séparation effective des pouvoirs et sur la restauration de la confiance des citoyens envers les institutions judiciaires.
Conclusion : entre espoir et exigences de résultats
Au terme de son analyse, Roger Ondo Abessolo adopte une position équilibrée mais exigeante. Il reconnaît les efforts entrepris par le Président de la République et les avancées enregistrées dans certains domaines sociaux et économiques.
Cependant, il insiste sur la nécessité de transformer les annonces en résultats concrets et mesurables. Pour lui, le temps des discours est désormais révolu et celui de l’action effective doit primer.
Il met en garde contre le risque d’un décalage entre les ambitions affichées et la réalité vécue par les populations.
Enfin, il appelle les institutions, notamment le Parlement, à jouer pleinement leur rôle dans le contrôle de l’action gouvernementale et dans la mise en place de réformes structurelles profondes.
Entre reconnaissance institutionnelle, critiques économiques et exigences de transparence, cette analyse reflète les tensions d’un pays en transition, partagé entre espoir de renouveau et impatience sociale face aux lenteurs de transformation.
Judex MANFOUMBI
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