LIBREVILLE — De passage à Libreville avant de rejoindre Bangui, l’écrivaine centrafricaine Manuela Kazangba a fait escale, mardi après-midi, dans le 6ᵉ arrondissement de la capitale gabonaise pour présenter Naissance d’une nation, Centrafrique : de la colonisation à l’indépendance.
Publié aux éditions L’Harmattan, cet ouvrage posthume de son père, Georges Kazangba, constitue à la fois un document historique, un héritage familial et une invitation adressée aux nouvelles générations à mieux connaître l’histoire de la République centrafricaine.
Pendant près de trois décennies, le manuscrit de Georges Kazangba est resté conservé dans le cercle familial. Décédé en 1997, l’ancien acteur de la vie politique centrafricaine avait confié son texte à son fils Guy. C’est ce dernier qui, des années plus tard, a révélé son existence à sa sœur Manuela, devenue entre-temps écrivaine.
« C’est quand je suis devenue écrivaine qu’il m’a dit que ce serait vraiment bien que ce livre sorte », raconte-t-elle. Une révélation qui va transformer un document familial en ouvrage accessible au public.
Un témoin de la marche vers l’indépendance
Georges Kazangba, né en 1929, appartient à cette génération d’hommes engagés dans les combats politiques qui ont accompagné l’émancipation de la Centrafrique.
Membre du Mouvement de l’évolution sociale de l’Afrique noire (MESAN), mouvement associé à Barthélémy Boganda, il est nommé en 1956 adjoint à la mairie de Bangui, alors qu’il n’a que 27 ans.
Il participe ensuite à la campagne électorale de Boganda, figure majeure de la lutte pour l’émancipation centrafricaine.
La mort de ce dernier, le 29 mars 1959, dans un accident d’avion, bouleverse profondément le paysage politique du pays à la veille de l’indépendance proclamée en 1960.
Georges Kazangba poursuivra sa carrière dans la haute administration jusqu’en 1981.
Son manuscrit revient sur cette période charnière en privilégiant les événements, les acteurs et les témoignages, plutôt qu’un récit exclusivement autobiographique.
L’ouvrage aborde notamment les réalités politiques, économiques, linguistiques et identitaires de la Centrafrique sous la colonisation et au moment de son accession à la souveraineté nationale.
Des poésies réunies en fin de volume apportent également une dimension culturelle et littéraire au récit.
Libreville, première étape de la promotion africaine
Installée en France, Manuela Kazangba a choisi Libreville comme première escale africaine de promotion de l’ouvrage avant son retour à Bangui.
L’actualité littéraire a notamment permis au média gabonais Afrique Actualité 241 de contribuer à la visibilité de cette rencontre et à la promotion africaine du livre.
Cette étape revêt une portée particulière. La Centrafrique et le Gabon partagent des liens historiques, culturels et humains qui dépassent les frontières. Présenter à Libreville le témoignage d’un acteur de l’indépendance centrafricaine revient ainsi à ouvrir un dialogue entre deux mémoires nationales.
Pour Manuela Kazangba, la publication constitue surtout une grande fierté familiale. « C’était un homme engagé dans la politique, engagé pour son pays, un grand patriote », témoigne-t-elle à propos de son père.
Deux générations, une même passion pour la transmission
La trajectoire de Georges Kazangba et celle de sa fille se rejoignent autour d’une même conviction : l’écriture peut transmettre l’histoire et les valeurs. Lui écrivait sur la politique et les transformations de son époque ; elle s’adresse aujourd’hui principalement aux enfants et à la jeunesse.
Manuela Kazangba défend une littérature tournée vers le partage, l’hospitalité, l’inclusion, la confiance en soi et le vivre-ensemble.
Elle souhaite notamment que Naissance d’une nation puisse trouver sa place dans les établissements scolaires et contribuer à renforcer la connaissance de l’histoire centrafricaine auprès des jeunes.
Au-delà du destin d’une famille, le livre pose ainsi la question essentielle de la conservation de la mémoire. Les archives historiques ne se trouvent pas uniquement dans les institutions. Elles peuvent aussi dormir dans des bibliothèques familiales, des maisons ou des tiroirs, attendant qu’une génération décide de les faire revivre.
À Libreville, Manuela Kazangba n’a donc pas seulement présenté le livre de son père. Elle a fait sortir de l’ombre une voix de l’histoire centrafricaine et transformé un héritage intime en patrimoine partagé.
Publié dans la collection « Historiques » de L’Harmattan, Naissance d’une nation, Centrafrique : de la colonisation à l’indépendance est proposé au prix de 22 euros, soit environ 14 400 francs CFA. Un ouvrage qui entend désormais poursuivre son voyage, de Libreville à Bangui, et au-delà des frontières centrafricaines.
Judex MANFOUMBI
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