Escale littéraire : à Libreville, Manuela Kazangba ressuscite la mémoire de son père

De passage à Libreville avant de rejoindre Bangui, l’écrivaine centrafricaine Manuela Kazangba a transformé son escale gabonaise en rendez-vous littéraire. Mardi après-midi, dans le 6ᵉ arrondissement de la capitale, elle a présenté Naissance d’une nation, Centrafrique : de la colonisation à l’indépendance, ouvrage posthume de son père, Georges Kazangba, ancien acteur de la lutte indépendantiste aux côtés de Barthélémy Boganda.

Publié aux éditions L’Harmattan, le livre aura attendu près de trois décennies avant de rencontrer ses premiers lecteurs. Derrière cette publication se dessine une histoire familiale devenue, au fil des pages, une pièce supplémentaire de la mémoire collective centrafricaine.

Une escale devenue rencontre littéraire
Rien ne prédestinait initialement Libreville à accueillir cette présentation. Installée en France, Manuela Kazangba se rendait à Bangui lorsqu’une escale dans la capitale gabonaise, à l’invitation de son amie Madel pour un mariage familial, s’est transformée en rencontre avec la presse et le public.

« Manuela Kazangba est une amie de longue date. Nous vivons tous en France. Je connais sa détermination, son engagement et surtout sa passion pour l’écriture », explique Madel, heureuse d’avoir contribué à cette première étape africaine de promotion de l’ouvrage.
Cette halte prend ainsi une dimension particulière : avant de rejoindre Bangui, l’auteure choisit de faire connaître un texte qui replonge dans les origines politiques et historiques de la République centrafricaine.

Georges Kazangba, témoin de la marche vers l’indépendance
Né en 1929 et décédé en 1997, Georges Kazangba s’engage très tôt dans la vie politique centrafricaine. Il rejoint le Mouvement de l’évolution sociale de l’Afrique noire (MESAN), mouvement associé à Barthélémy Boganda.

En 1956, alors âgé de 27 ans, Boganda le nomme adjoint à la mairie de Bangui. Kazangba participe ensuite activement à la campagne électorale du père fondateur de la nation centrafricaine.
La mort de Boganda, le 29 mars 1959, dans un accident d’avion, bouleverse le processus politique qui conduit la Centrafrique à l’indépendance, proclamée en 1960.

Georges Kazangba poursuit par la suite une carrière dans la haute administration jusqu’en 1981.
Pour sa fille, il demeure avant tout « un homme engagé dans la politique, engagé pour son pays, un grand patriote ».

Trente ans dans le cercle familial
L’histoire du livre est presque aussi singulière que son contenu. Avant sa mort, Georges Kazangba avait confié son manuscrit à son fils Guy. Pendant près de trente ans, le texte est resté conservé au sein de la famille. Manuela elle-même ignorait son existence.

Devenue écrivaine, elle apprend finalement que son père avait laissé ce document. Son frère l’encourage alors à lui donner une nouvelle vie éditoriale.
Le manuscrit devient ainsi un ouvrage qui ne se limite pas au parcours personnel de son auteur. Georges Kazangba y évoque les événements, les acteurs et les transformations qui ont marqué la période coloniale et les années précédant l’indépendance.

Le livre aborde également des questions linguistiques, économiques et identitaires, tout en accordant une place à la littérature à travers des poésies réunies à la fin du volume.

Une mémoire destinée aux nouvelles générations
Pour Manuela Kazangba, Naissance d’une nation possède une véritable portée pédagogique. L’ouvrage pourrait notamment servir de support dans les établissements scolaires afin de permettre aux jeunes Centrafricains de mieux connaître une période fondatrice de leur histoire.

Au-delà des grandes figures politiques, le récit remet en lumière ces acteurs qui ont contribué, dans l’ombre ou aux côtés des dirigeants, à la construction du processus d’émancipation nationale.
La publication constitue également un dialogue entre deux générations. Alors que Georges Kazangba écrivait sur l’histoire et la politique, sa fille s’est tournée vers la littérature jeunesse, avec des récits consacrés notamment au partage, à l’hospitalité, au vivre-ensemble et à l’inclusion.

« Lui écrivait sur l’histoire et la politique parce que c’était son époque. Moi, j’écris pour les enfants, je les fais voyager à travers la culture et les valeurs. Au final, les deux se rejoignent », souligne-t-elle.
De l’héritage familial au patrimoine partagé
À Libreville, Manuela Kazangba n’a donc pas seulement présenté le livre de son père. Elle a sorti de l’espace familial une mémoire restée longtemps silencieuse pour la remettre entre les mains des lecteurs.

La démarche rappelle l’importance des archives personnelles dans la préservation des mémoires nationales. Certains témoignages ne reposent pas nécessairement dans les institutions : ils dorment parfois dans les bibliothèques familiales, les maisons et les tiroirs de ceux qui en ont hérité.

Avec Naissance d’une nation, un père écrit, un fils conserve, une fille découvre et une écrivaine transmet. Trente ans après la disparition de Georges Kazangba, son témoignage rejoint désormais le patrimoine littéraire et historique centrafricain.

Publié dans la collection « Historiques » des éditions L’Harmattan, l’ouvrage est proposé au prix de 22 euros, soit environ 14 400 francs CFA. Manuela Kazangba prépare par ailleurs le tome 2 de son album jeunesse, annoncé prochainement sur les plateformes en ligne.

Rédaction





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Assistant Edu Gabon

Judex MANFOUMBI
Judex MANFOUMBI

Directeur de publication

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