Libreville – L’annonce de la destruction prochaine de whiskys conditionnés en sachets plastiques par les services de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) suscite un débat qui dépasse le simple cadre de la lutte contre l’alcoolisme. Cette décision soulève une interrogation de fond sur la sécurité juridique des investissements et la prévisibilité de l’action administrative au Gabon, deux piliers essentiels d’un climat des affaires attractif.
C’est à travers les médias audiovisuels que le public a appris que des stocks de whiskys en sachets, saisis lors d’opérations de contrôle, seraient détruits. Selon les explications avancées, le faible coût de ces produits favoriserait leur consommation par les jeunes, notamment les élèves, justifiant ainsi cette mesure.
Cependant, plusieurs acteurs du secteur interrogés dans le cadre de nos investigations affirment qu’aucun texte réglementaire nouveau interdisant la fabrication, l’importation ou la commercialisation de ces produits n’aurait été officiellement publié ou notifié aux opérateurs économiques.
Les industriels concernés rappellent que ces boissons sont présentes sur le marché gabonais depuis de nombreuses années sous le contrôle régulier des autorités compétentes. Ils soutiennent que leurs prix de vente ont toujours été homologués par l’administration et que les produits font l’objet d’analyses périodiques réalisées par les laboratoires de la DGCCRF afin de vérifier leur conformité.
Cette situation soulève une question essentielle : comment un produit considéré comme conforme durant plusieurs années peut-il être retiré du marché sans qu’une évolution réglementaire clairement établie n’ait été portée à la connaissance des opérateurs ?
Le débat est d’autant plus sensible que les arguments évoqués publiquement semblent reposer principalement sur des préoccupations de santé publique liées à l’accessibilité financière de ces boissons, plutôt que sur une éventuelle non-conformité sanitaire ou technique.
Dès lors, plusieurs observateurs s’interrogent : si le prix constitue désormais un facteur déterminant dans l’appréciation de la dangerosité d’un produit, pourquoi ces tarifs ont-ils été homologués pendant de longues années par les autorités compétentes ?
Au-delà de ce dossier, c’est la question de la sécurité des investissements qui est posée. Toute entreprise industrielle engage d’importants capitaux pour construire des unités de production, recruter du personnel, acquérir des équipements et conclure des contrats, en s’appuyant sur un cadre réglementaire qu’elle estime stable et prévisible.
Naturellement, l’État conserve le pouvoir de faire évoluer la réglementation afin de répondre aux impératifs de santé publique ou d’intérêt général. Mais ces évolutions gagnent à être juridiquement fondées, officiellement publiées et assorties de délais raisonnables permettant aux entreprises de s’adapter sans compromettre leurs investissements.
Par ailleurs, plusieurs distributeurs indiquent que des produits importés, conditionnés dans des sachets similaires, continueraient d’être commercialisés dans certains points de vente. Si cette situation venait à être confirmée, elle relancerait le débat sur l’égalité de traitement entre opérateurs économiques, principe fondamental de toute réglementation.
Personne ne conteste la responsabilité des pouvoirs publics dans la protection de la jeunesse contre les effets nocifs de l’alcool. Toutefois, cette mission doit s’exercer dans le respect des principes de légalité, de transparence et de sécurité juridique.
À l’heure où le Gabon affiche son ambition d’attirer davantage d’investissements privés et de renforcer son tissu industriel, l’affaire des whiskys en sachets pourrait constituer un précédent majeur. Plus qu’une simple polémique commerciale, elle interroge la stabilité des règles du jeu économique et la confiance que les investisseurs, nationaux comme étrangers, peuvent accorder au cadre réglementaire et à l’action de l’administration.
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