Le Gabon traverse une zone de turbulences politiques inédites. Le scrutin législatif et local du 27 septembre dernier, censé être un jalon vers la consolidation de la Ve République, est aujourd’hui au cœur d’une vive polémique. Partout dans le pays, y compris au sein de la diaspora, la population dénonce une organisation chaotique et des irrégularités massives qui jettent le doute sur la crédibilité des résultats.

Les témoignages s’accumulent : urnes irrégulières, absence de bulletins de vote de certains candidats, procès-verbaux falsifiés, violences dans plusieurs circonscriptions. des procuration, le transport des électeurs. « Même à l’époque d’Ali Bongo, le peuple gabonais n’avait jamais vécu une telle mascarade électorale », déplorent des électeurs outrés. Pour beaucoup, ce scrutin constitue une véritable honte nationale, indigne des espoirs portés après le coup de libération du 30 août 2023.
Un pays en quête de crédibilité
Au lendemain de cette prise de pouvoir militaire, le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, avait promis un nouveau souffle démocratique, fondé sur la transparence et l’intégrité des institutions. Mais la désillusion est grande. L’Autorité de Contrôle des Élections et du Référendum (ACER), pourtant instance officielle, a elle-même recommandé l’annulation du scrutin afin de préserver la crédibilité du pays à l’international et d’éviter des tensions internes.
Le peuple gabonais, par des manifestations et des appels relayés sur les réseaux sociaux, implore le chef de l’État d’écouter son cri. Pour nombre de citoyens, annuler ce scrutin et relancer le processus dans des conditions transparentes est la seule voie possible pour éviter une fracture nationale.
Le poids des « vieux démons »
Une question taraude : pourquoi les autorités hésitent-elles encore à annuler un scrutin aussi contesté ? Pour les analystes politiques, la réponse se trouve dans le poids des « vieux démons ». Ces mêmes acteurs qui ont longtemps fragilisé la démocratie gabonaise restent aux commandes de certains rouages, et semblent davantage préoccupés par la préservation de leurs intérêts que par l’avenir du pays.
Les trois derniers Premiers ministres – Julien Nkoghe Bekalé, Raymond Ndong Sima et Alain-Claude Bilie-By-Nze – incarnent, pour une partie de l’opinion, la continuité d’un système qui refuse de se remettre en cause. Une situation qui nourrit frustrations et inquiétudes dans un pays où l’attente de renouveau était immense.
Le devoir du chef de l’État
Le président Oligui Nguema se trouve donc à la croisée des chemins. Va-t-il répondre à l’appel du peuple qui l’a porté avec espoir pour instaurer une véritable Ve République ? Ou choisira-t-il le silence, au risque de voir s’accroître la défiance et les tensions ?
L’histoire retiendra sans doute ce moment comme un test majeur de son engagement à transformer le Gabon. Annuler ce scrutin décrié n’est pas seulement une exigence populaire, c’est aussi une condition pour rétablir la confiance, tourner la page des pratiques opaques et offrir enfin au pays une démocratie digne de ce nom.

