Tribune libre – Professeur Judicaël Lebamba : Ce que la canicule en France doit dire au Gabon : le climat n’est plus une affaire de météo, mais une affaire d’État

Chaque été, des milliers de Gabonais rejoignent la France pour retrouver leurs proches, poursuivre leurs études, se soigner ou simplement passer des vacances. Cette année pourtant, les cartes postales ont laissé place aux messages d’inquiétude. « Il fait trop chaud pour sortir », « Même la nuit, nous ne dormons plus », confient ceux installés à Paris, Lyon ou Bordeaux.

Ces témoignages rappellent une réalité devenue mondiale : les dérèglements climatiques ne sont plus une menace lointaine, ils s’invitent désormais dans notre quotidien.

La canicule exceptionnelle qui a frappé la France en juin 2026, provoquant fermetures d’écoles, perturbations des transports et forte mobilisation des services de santé, démontre qu’aucun pays, même doté d’infrastructures performantes, n’est à l’abri des conséquences du réchauffement climatique.

Pour le Gabon, la véritable question n’est donc pas ce qui arrive en Europe, mais notre propre capacité à faire face aux bouleversements climatiques à venir.

Notre pays dispose d’un atout majeur : sa forêt, qui couvre près de 88 % du territoire national. Véritable régulateur naturel, elle absorbe le carbone, protège les ressources en eau et contribue à préserver une biodiversité unique. Mais cette richesse ne constitue pas une protection absolue.

Les données montrent déjà une hausse progressive des températures, une évolution des régimes de pluies et des risques croissants pour l’agriculture, les infrastructures et les zones côtières.

Ces changements ne relèvent plus uniquement des travaux des scientifiques. Ils se traduisent déjà par des inondations dans certains quartiers de Libreville, l’érosion du littoral à Port-Gentil, l’incertitude des saisons agricoles à Franceville, Oyem ou Mouila, et une pression accrue sur les populations rurales.

Le changement climatique est désormais une question de santé publique, de sécurité alimentaire, d’aménagement du territoire et de finances publiques. Ne pas anticiper coûtera infiniment plus cher que préparer le pays.

Les estimations internationales évoquent des pertes pouvant atteindre plusieurs points de PIB d’ici le milieu du siècle si aucune stratégie d’adaptation ambitieuse n’est engagée.

Face à cette réalité, le Gabon doit faire du climat une priorité nationale. Cela implique de renforcer les systèmes d’alerte météorologique, d’adapter les pratiques agricoles, de moderniser les infrastructures d’assainissement, de protéger les zones côtières et de transformer nos forêts en véritables laboratoires d’observation climatique.

La prévention doit devenir notre première politique publique. Attendre la catastrophe reviendrait à subir plutôt qu’à gouverner.

Lorsque Paris suffoque sous la chaleur, Libreville ne doit pas considérer cette situation comme un événement lointain. Elle doit y voir un signal d’alerte. Car le climat ne nous demandera jamais si nous étions prêts. Il jugera seulement notre capacité à avoir anticipé.

Pr. Judicaël Lebamba

Enseignant-chercheur à l’Université des Sciences et Techniques de Masuku (USTM).



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Judex MANFOUMBI
Judex MANFOUMBI

Directeur de publication

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