Libreville —
Depuis trois décennies, le Gabon s’est progressivement imposé comme un acteur crédible et engagé sur la scène internationale en matière de protection de l’environnement, de gestion durable des ressources naturelles et de gouvernance responsable des industries extractives. Cet engagement, aligné sur les Objectifs de Développement Durable (ODD) des Nations unies et l’Agenda 2063 de l’Union africaine, nourrit l’ambition assumée du pays de devenir une véritable « super puissance verte ». Aujourd’hui, avec l’avènement de la Ve République, cette vision connaît une nouvelle accélération, portée par une volonté politique affirmée de transformation structurelle et de souveraineté économique.
Au fil des années, le Gabon a posé des actes forts : protection de vastes patrimoines naturels et culturels, conservation de la biodiversité terrestre et marine, gestion durable et certification des forêts reconnues comme un puits de carbone mondial, sans oublier les engagements courageux inscrits dans ses Contributions Déterminées au niveau National (CDN) pour lutter contre les changements climatiques. Ces politiques s’inscrivent également dans une logique de diversification économique, notamment par la promotion d’une transformation locale accrue des matières premières, créatrice de valeur ajoutée et d’emplois.
Avec l’arrivée au pouvoir du Président de la République, Son Excellence Brice Clotaire Oligui Nguema, ces acquis sont désormais capitalisés et intégrés dans un projet de société ambitieux, fondé sur sept axes directeurs de l’action gouvernementale. Le Pilier n°6, consacré à la transformation de la gouvernance et des institutions, consacre une rupture avec les pratiques du passé et appelle à un changement profond de paradigme. Dans cette dynamique, le Chef de l’État a réaffirmé le principe fondamental de la souveraineté permanente des peuples sur leurs richesses et ressources naturelles, tel que consacré par la Résolution 1803 (XVII) de l’Assemblée générale des Nations unies du 14 décembre 1962.
Cette affirmation de souveraineté s’est traduite par des décisions majeures de portée nationale. Parmi elles figurent la déclaration et l’inscription au budget de l’État des métaux précieux exploités au Gabon, l’interdiction de l’exportation du manganèse brut à compter du 1er janvier 2029, la publication intégrale des conventions minières signées entre 2010 et 2024, ainsi que l’annonce, le 21 janvier 2026, de la mise en œuvre d’un programme économique de croissance avec l’appui du Fonds monétaire international (FMI). À cela s’ajoute une mesure particulièrement structurante : le rapatriement et la constitution des fonds de restauration et de remise en état des sites extractifs, communément appelés Fonds RES.
Au niveau sous-régional et international, ces orientations ont été réaffirmées lors de plusieurs rencontres de haut niveau, notamment les Sommets extraordinaires des Chefs d’État de la CEMAC à Yaoundé en décembre 2024 et à Brazzaville en janvier 2026, ainsi que lors des discussions tenues à Washington DC en octobre 2024. Il y a été clairement établi que l’application stricte de la réglementation des changes, le rapatriement des devises d’exportation et la domiciliation des Fonds RES auprès de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) constituent des impératifs pour la stabilité macroéconomique de la sous-région.
En effet, les Fonds RES, estimés entre 3 000 et 6 000 milliards de FCFA pour l’ensemble des pays de la CEMAC, sont encore majoritairement logés dans des établissements bancaires internationaux. Leur rapatriement représente un enjeu crucial pour le renforcement des réserves de change, la résilience financière de la zone et le financement des politiques de développement. Pour le Gabon en particulier, ces ressources constituent un levier stratégique pour soutenir les investissements publics, financer la transition écologique et garantir une exploitation responsable des ressources naturelles.
Sur le plan juridique, la question de la réhabilitation des sites extractifs n’est pas nouvelle. Elle est encadrée aussi bien par la loi portant réglementation du secteur des hydrocarbures que par celle relative au secteur minier. Ces textes prévoient explicitement les obligations des opérateurs en matière de remise en état des sites après exploitation. Toutefois, le défi demeure celui de l’applicabilité effective de ces dispositions et du contrôle rigoureux de leur mise en œuvre.
À ce titre, le Gabon peut se prévaloir d’une avance certaine en matière d’évaluations environnementales. Entre 2018 et 2020, le pays a conduit avec succès la première phase du Programme National d’Évaluation Environnementale des Sites Industriels et des Services Environnementaux (PESISE), financé par la Banque africaine de développement. Ce programme visait à améliorer les conditions de vie des populations en promouvant un développement industriel à faible empreinte écologique et en renforçant les capacités institutionnelles nationales, notamment celles de l’Observatoire de Développement Durable des Industries du Gabon.
Dans ce contexte, la société civile entend jouer pleinement son rôle de sentinelle et de force de proposition. À travers une note de position structurée, elle plaide pour une opérationnalisation effective des Fonds RES, en cohérence avec le nouveau pacte environnemental et les ambitions de croissance verte du pays. Parmi les actions prioritaires identifiées figurent la finalisation d’un cadre national de coordination et de suivi, l’élargissement du processus de rapatriement des Fonds RES aux sites miniers, la formalisation d’une stratégie nationale de transition énergétique et l’accélération de la refondation du modèle économique gabonais.
Au-delà des discours, l’opérationnalisation des Fonds de réhabilitation des sites apparaît aujourd’hui comme un marqueur fort de la nouvelle gouvernance économique et environnementale du Gabon. Elle incarne la volonté de concilier souveraineté, responsabilité écologique et développement durable, dans un contexte régional et international marqué par de fortes tensions économiques. Pour le Gabon de la Ve République, il s’agit moins d’une option que d’une nécessité stratégique au service des générations présentes et futures.
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