À l’approche de la COP31, prévue du 9 au 20 novembre 2026 à Antalya, en Türkiye, les organisations de la société civile d’Afrique centrale entendent harmoniser leurs revendications pour défendre une position commune ambitieuse. Portée par le Réseau des Organisations de la Société Civile pour l’Économie Verte en Afrique centrale (ROSCEVAC), cette mobilisation met au premier plan le financement climatique, la protection du bassin du Congo, la justice sociale et les liens entre changements climatiques, paix et sécurité.
deL’Afrique centrale veut faire entendre une voix unie dans les négociations climatiques internationales. À travers une consultation régionale consacrée à l’adoption d’une position commune en vue de la COP31, les organisations de la société civile (OSC) entendent passer des engagements internationaux aux résultats tangibles pour les populations. Leur ambition : faire reconnaître la contribution écologique de la sous-région tout en obtenant des ressources financières adaptées à ses vulnérabilités et à ses besoins de développement.
Dans son allocution de circonstance, le conseiller Climat, paix et sécurité du Bureau régional des Nations Unies pour l’Afrique centrale (UNOCA) a salué l’initiative du ROSCEVAC. Cette démarche traduit, selon lui, l’engagement croissant de la société civile dans la définition des priorités climatiques régionales, mais aussi la nécessité de considérer les bouleversements environnementaux comme un enjeu dépassant largement la seule protection des écosystèmes.
Le bassin du Congo, un patrimoine mondial insuffisamment valorisé
L’Afrique centrale occupe une place stratégique dans la régulation du climat mondial grâce aux forêts du bassin du Congo, à ses tourbières, à sa biodiversité exceptionnelle et aux connaissances traditionnelles de ses populations. Pourtant, cette contribution essentielle ne met pas la région à l’abri des effets du dérèglement climatique.
Inondations, sécheresses, dégradation des terres et pressions croissantes sur les ressources naturelles fragilisent les moyens de subsistance de nombreuses communautés. Dans certaines zones, ces phénomènes se combinent aux déplacements de populations, aux tensions foncières, aux inégalités et aux fragilités institutionnelles, susceptibles d’aggraver les risques de conflits.
Pour l’UNOCA, la réponse doit donc intégrer simultanément les dimensions environnementale, économique et sécuritaire. Cela implique de renforcer les systèmes d’alerte précoce, la gestion concertée des ressources naturelles et les initiatives communautaires de prévention des conflits.
Cette approche constitue l’un des axes majeurs du plaidoyer régional : la résilience climatique ne peut être dissociée de la cohésion sociale et de la stabilité des territoires.
Des financements plus accessibles et moins contraignants
Dans leur projet de déclaration commune, les organisations participantes appellent à faire de la COP31 une conférence de mise en œuvre effective des engagements climatiques. Elles demandent notamment une feuille de route vérifiable sur le financement climatique, une augmentation de la part des dons et des financements concessionnels ainsi qu’une simplification des procédures d’accès aux ressources.
Le document de plaidoyer insiste sur la nécessité de mobiliser des financements nouveaux, additionnels, prévisibles et transparents, sans aggraver l’endettement des États vulnérables. Il préconise également une trajectoire mesurable permettant de tripler les financements consacrés à l’adaptation d’ici 2035.
Les organisations souhaitent que ces ressources soutiennent directement les priorités territoriales : agriculture résiliente, accès à l’eau, santé, infrastructures, systèmes d’alerte et solutions fondées sur les écosystèmes. Elles plaident aussi pour un renforcement du Fonds pour les pertes et préjudices, afin que les communautés touchées par les catastrophes climatiques puissent bénéficier d’une assistance plus rapide et mieux adaptée.
La société civile appelle par ailleurs à transformer les Contributions déterminées au niveau national (CDN 3.0) en véritables plans d’investissement, assortis de budgets, de calendriers, de responsabilités clairement établies et d’indicateurs publics de suivi.
Protéger les forêts et garantir les droits des communautés
Autre priorité : préserver l’intégrité environnementale des marchés carbone. Les OSC demandent que les mécanismes relevant de l’article 6 de l’Accord de Paris garantissent des réductions d’émissions réelles, vérifiables et additionnelles, sans double comptage.
Elles exigent également la transparence des transactions, un partage équitable des bénéfices et le respect des droits fonciers, notamment à travers le consentement libre, préalable et éclairé des communautés concernées.
Dans cette perspective, le projet de déclaration salue les efforts de mobilisation de la Commission Climat du Bassin du Congo, notamment autour d’un portefeuille de projets évalué à 3,5 milliards de dollars américains. Les organisations appellent les partenaires techniques et financiers ainsi que le Fonds vert pour le climat à renforcer leur contribution au Fonds bleu pour le Bassin du Congo.
Elles saluent également les engagements annoncés dans le cadre de la neuvième reconstitution du Fonds pour l’environnement mondial en faveur des peuples autochtones et des communautés locales, notamment une enveloppe de 100 millions de dollars, et encouragent la mobilisation de ressources comparables pour soutenir le Plan d’action de Belém pour le genre.
Femmes, jeunes et paix au cœur de la transition
La position commune défendue par les OSC accorde une place importante à l’inclusion. Les femmes, les jeunes, les peuples autochtones, les personnes handicapées, les communautés déplacées et les populations rurales doivent participer pleinement aux décisions concernant leurs territoires et leurs moyens d’existence.
Le document propose notamment des objectifs indicatifs d’allocation d’au moins 15 % des financements au genre et de 10 % aux jeunes, accompagnés d’indicateurs permettant d’en mesurer les effets. Il recommande également une meilleure prise en compte des conséquences sanitaires des changements climatiques et un soutien accru à la recherche scientifique.
Pour l’UNOCA, la coopération régionale demeure indispensable. Les États membres de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC), les institutions régionales, les organisations de la société civile et les partenaires des Nations Unies sont ainsi encouragés à renforcer leurs synergies et à soutenir l’élaboration d’une feuille de route régionale sur le climat, la paix et la sécurité.
À Antalya, les organisations souhaitent donc défendre une Afrique centrale capable de convertir son rôle écologique en bénéfices concrets pour ses populations. Le défi sera de garantir des financements traçables, des politiques inclusives et des mécanismes de redevabilité efficaces.
Au-delà des négociations, leur ambition est claire : faire de la justice climatique un levier de développement durable, de prévention des conflits et de paix durable dans la sous-région.
Judex MANFOUMBI

